Aménagement projeté


1. Bref historique de la lutte pour le rétablissement de la continuité écologique

L’axe Loire-Allier constitue le dernier grand axe fluvial européen où la migration du saumon atlantique reste possible sur une distance de plus de 900 km. Situé sur le haut Allier, à environ 860 km de la mer et 80 km de la source, le complexe hydroélectrique de Poutès-Monistrol, construit en 1941 a interrompu totalement cette migration en aval d’un secteur où les frayères les plus attractives pour l’espèce ont été identifiées (2/3 du linéaire de bonnes frayères se trouve en amont du barrage).

A partir de 1986, divers ouvrages de franchissement de l’aménagement ont été construits, dont un ascenseur à poissons pour la remontée et une glissière accompagnée d’un accroissement du débit réservé dans l’Allier court-circuité pour la dévalaison des jeunes saumons (smolts), permettant un rétablissement très relatif de la continuité écologique : ainsi, à peine une cinquantaine de reproducteurs remontent actuellement vers les frayères situées en amont du barrage. Lors de la dévalaison, l’ouvrage impacte également très fortement la migration : les jeunes saumons restent bloqués dans la retenue longue de 3,7 km, subissant un retard à la migration qui, compte tenu de leur physiologie très spécifique (inadaptation progressive à l'eau douce) peut être fatal ; la retenue engendre aussi un surcroît de prédation ; enfin, une partie des smolts qui survivent à la prédation sont broyés dans les turbines ou blessé lors du franchissement de la glissière, plusieurs auteurs estimant le taux de mortalité à 50% (Philippart, 2009).


Fig. 1 : gauche, barrage de Poutès actuel ; droit, nouvel aménagement projeté après arasement partiel du barrage et rétablissement de la continuité écologique (Source : EDF).
L’effacement de barrage de Poutès et la préservation de l’espèce sont ainsi devenus très tôt des questions emblématiques pour les associations de protection de l’environnement. En 1991 naissent les premiers mouvements organisés pour protester contre l’interruption de la migration du saumon par cet ouvrage. Les mouvements de sensibilisation et de protestation des ONGs vont s’intensifier à partir de 1993. En 1998, un premier ouvrage, le barrage de Saint-Etienne du Vigan, localisé en amont de celui de Poutès et construit en 1897, est démantelé. Différents efforts sont également faits pour faciliter la remontée des saumons sur l’axe ligérien, notamment au droit des seuils des centrales nucléaires et au barrage de Vichy sur l’Allier. Est également instauré un moratoire de 5 ans pour la pêche amateur et professionnelle au saumon.

Avec l’accord de principe de l'administration pour le renouvellement de la concession de Poutès-Monistrol à EDF en 2000 et l’ouverture de la salmoniculture de Chanteuges en 2001 (dont la mission première est la conservation de la souche Allier du saumon atlantique), les pouvoirs publics ont à gérer la contradiction entre les importants moyens mis en œuvre pour préserver l’espèce et le maintien en l’état de l’ouvrage et de ses impacts sur la migration, le barrage de Poutès constituant «un obstacle majeur au succès du sauvetage du grand saumon de la Loire» (Philippart, 2009). En 2003, la Ministre de l'environnement, précisant le caractère exceptionnel de cette situation, demande d’engager «un examen global de l’impact des actions déjà réalisées en faveur des poissons migrateurs sur l’ensemble du bassin de la Loire et une identification des actions concrètes qui seraient à conduire d’ici 2015 en vue de poursuivre la reconquête de l’ensemble de ce bassin par les saumons, en en chiffrant leur coût, les bénéfices environnementaux».

Il faudra 6 années supplémentaires pour qu’à l’issue de plusieurs études d’impacts, et sous la pression incessante des associations écologistes, EDF propose en 2009 une première alternative conduisant à l’effacement de l’aménagement. Les élus locaux, quant à eux, s’opposent à tout nouvel aménagement qui limiterait les produits financiers provenant de la production hydroélectrique. En 2011 et deux propositions alternatives plus tard, un compromis qui satisfait toutes les parties est trouvé. Finalement le 6 octobre 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable annonce lors du congrès de l'Association Nationale des Elus de Montagne l’effacement du barrage de Poutès et son remplacement par un ouvrage mobile de 4 mètres de hauteur.

2. Objectifs et caractéristiques du nouvel aménagement

D’un coût de 14 M€ à la charge du concessionnaire, le nouvel aménagement permettra de conserver entre 85 et 95% de la production hydroélectrique du site et aux communes de continuer à percevoir les produits financiers issus de la production d’électricité. Le nouvel aménagement aura pour principal caractéristique de rétablir la continuité écologique et du transport sédimentaire.

Ses objectifs principaux sont :
  1. de permettre le libre transit sédimentaire et le franchissement piscicole en cas de besoin par abaissement du clapet ;
  2. de diminuer la superficie et la longueur de la retenue ;
  3. de garantir la stabilité de la cote de retenue et du régime hydraulique pour assurer le bon fonctionnement des ouvrages de franchissement piscicole ;
  4. d’augmenter le débit réservé à 4 ou 5 m3/s afin de privilégier le passage des saumons par les dispositifs de franchissement. 

Fig. 2 : Le nouvel ouvrage et ses principaux atouts pour assurer la continuité écologique et la transparence sédimentaire (d'après EDF modifié).

Les caractéristiques du nouvel aménagement sont les suivantes :
    1. La cote de retenue normale sera fixée à 638.90 m (contre 650.20 m actuellement) permettant ainsi de passer d’une retenue de 3.7 km de longueur à une retenue d'environ 350 m. Elle fonctionnera au fil de l’eau à cote constante améliorant ainsi la fonctionnalité des ouvrages de franchissement. Le temps de séjour de l’eau dans cette future retenue sera ainsi inférieur ½ heure. 

    2. Le débit réservé sera porté à la valeur de 4m3/s et sera délivré de la façon suivante (voir fig. 2):
    • 4m3/s en base, complétés par des lâchures d’appel (automne) dans la limite du volume annuel résiduel jusqu'à concurrence de 5 m3/s ;
    • du 15 mars au 15 juin, le débit réservé de base de 4 m3/s sera délivré par la passe à poissons (1 m3/s) et l’exutoire de dévalaison (3 m3/s) ;
    • du 15 juin au 15 mars, le débit réservé de base sera délivré par la passe à poissons (1 m3/s) et le débit d’attrait (3 m3/s).
    •  
    3. Un clapet central amovible maintiendra la cote de retenue normale (voir fig. 2). Il s'effacera complètement dès le débit de 100 m3/s afin de permettre le libre transit de la charge sédimentaire. Pour la gamme des débits intermédiaires, des conditions de gestion spécifique permettant la libre circulation piscicole seront maintenues (fig. 3).
    Fig. 3 : Conditions de gestion pour différentes gammes de débits entrants (Source : EDF).


    Références : 
    • EDF : Reconfiguration du barrage de Poutès ; dossier de présentation, 22 pages.

     

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